Mauprat – George Sand

Mauprat George Sand

Mauprat, dont l’action se situe au 18ème siècle n’est pas un long roman. 434 pages aux éditions folio classique.

Mauprat George Sand

Il aborde des thèmes tels que l’éducation, le féminisme, mais encore, l’égalité. Thèmes qui, on le sait, sont chers à George Sand.

Le roman est ce qu’on appelle protéiforme.

Roman d’amour, roman d’apprentissage, et même, diront certains, roman gothique (avis que je ne partage pas tout à fait comme vous le verrez ci-dessous).

L’histoire

Les Mauprat se partagent en deux branches. L’une honorable, l’autre terrifiante, surnommée d’ailleurs les Coupe-jarret. Des bandits reclus dans leur château sombre et délabré. Débauchés, vivant comme les plus ignobles seigneurs du Moyen-Âge, ne payant ni leurs gens ni leurs dettes et ne reculant devant aucune vilenie pour faire régner la terreur.

Bernard, qui nous raconte son histoire, a été recueilli enfant par les Mauprat Coupe-jarret et va donc grandir entre terreur et violence.

Dès le début du roman, et quoique Bernard fasse preuve d’une grande sévérité envers lui-même, on sent qu’il s’est toujours senti en décalage avec les Mauprat Coupe-jarret. N’ayant toutefois aucun modèle de comparaison, il s’est développé sans prendre conscience de la violence atypique de cette famille. Imaginant que cette manière de vivre était une chose tout à fait normale.

Souvent maltraité, sans personne pour cultiver en lui aucune valeur, il a fait comme il a pu pour survivre. Devenant lui-même brusque et intempérant. Sauvage.

Un jour, les Mauprat Coupe-jarret ramènent au château Edmée, leur cousine issue de la branche honorable de la famille. Alors qu’ils se réunissent pour discuter de son sort, qu’on imagine peu enviable, elle se retrouve seule avec Bernard. Interpellée par la complexité de Bernard, à la fois différent des Coupe-jarret et en même temps emporté et violent, elle tente de l’amadouer pour le convaincre de l’aider à s’enfuir. Bernard, complètement fasciné par cette femme, accepte, à condition qu’elle lui promette de l’épouser.

Pendant qu’ils prennent la fuite, les secours assiègent le château et les Coupe-jarret périssent. 

Bernard est accueilli par Edmée et son père. Il vont le choyer comme un fils, et tenter de l’éduquer.

Bernard rappelle à Edmée sa promesse, mais cette dernière pose son éducation comme condition au mariage.

Influence gothique

On caractérise souvent ce roman de gothique.

Néanmoins, hormis les scènes qui se déroulent dans le château de la Roche-Mauprat qui effectivement est à la fois effrayant et inquiétant, le roman n’est pas en tant que tel « gothique ».

Le reste du roman qui se concentre presqu’exclusivement sur l’éducation de Bernard et l’évolution de sa relation avec Edmée relève plus du romantisme que du gothique. Notamment par la présence importante de la nature dans cette partie du roman et par son aspect plus « contemplatif ».

L’aventure y est également moins développée. On pourrait penser que cette alternation de style engendrerait un déséquilibre, mais George Sand parvient malgré tout à maintenir le lecteur en haleine.

Si le roman est-ce qu’on appelle un roman protéiforme, il me semble toutefois que ce qui domine, c’est l’évolution de Bernard. À ce titre, il me paraît plus opportun de qualifier Mauprat de roman initiatique que de roman gothique.

Roman initiatique

Le thème central abordé par George Sand est indubitablement l’éducation.

Mauprat, c’est avant tout l’histoire d’une humanisation. Humanisation qui, pour George Sand passe nécessairement par l’éducation.

On le sait, George Sand était une fervente admiratrice de Jean-Jacques Rousseau et de son « Emile ». Le roman est empreint de cette influence.

La conception de George Sand telle qu’elle est développée dans Mauprat se distingue toutefois de la thèse de Jean-Jacques Rousseau en ce qu’elle estime qu’un homme n’est ni bon ni mauvais de nature et que seule l’éducation peut le sauver de mauvais instincts ou penchants.

Ce qui ressort également de Mauprat, c’est que George Sand n’envisage pas l’éducation je dirais « ex cathedra », à savoir une éducation froide, impersonnelle. Comme un fichier ou une rame mémoire qu’il suffirait de s’implanter. Non. Pour George Sand, l’éducation nécessite un développement intérieur. Une digestion. Mais aussi une contemplation et une analyse de notre propre fonctionnement. Analyse rendue possible par l’éducation. En d’autres termes, si l’éducation n’est pas suffisante, elle est toutefois nécessaire.

Et on le ressent très bien dans le roman. Bernard acquiert rapidement les rudiments de l’éducation classique. Lire, écrire, étudier les grands philosophes, mais cet apprentissage seul ne lui permet pas de devenir meilleur, plus humain.

Après cet apprentissage, il lui faut encore faire un travail d’introspection, d’intégration des valeurs que l’éducation lui a dévoilées. Il doit en quelque sorte les faire siennes. Et pour les faire siennes, il doit s’interroger sur lui-même. Remettre ses réactions et ses émotions en question.

Féminisme

Edmée, personnage central de Mauprat incarne toutes les idées féministes de George Sand.

Non seulement c’est une jeune femme audacieuse, intelligente, persévérante, mais en plus elle n’hésite pas, malgré son rang et son époque, à défendre des idées d’égalité et d’humanisme.

Elle exige de Bernard qu’il aille toujours plus loin dans son éducation. Intransigeante, elle le pousse dans ses derniers retranchements pour faire de lui un homme toujours meilleur.

Pour conclure

Mauprat aborde des sujets relativement sérieux au travers d’une histoire captivante, pleine d’aventures avec des personnages crédibles et bien construits dont certains, quoique secondaires sont particulièrement singuliers et attachants.

En mêlant plaisir et réflexion, George Sand nous prouve que ce qui est distrayant et agréable peut être intelligent.

Sa vision est par ailleurs profondément humaniste et positive et en ces temps de crise, inutile de dire que ça fait du bien. Jugez-en par vous-même :

« C’est une grande question à résoudre que celle-ci : « Y a-t-il en nous des penchants invincibles, et l’éducation peut-elle les modifier seulement ou les détruire? » Moi, je n’oserais prononcer; je ne suis ni métaphysicien, ni psychologue, ni philosophe; mais j’ai eu une terrible vie messieurs; et, si j’étais législateur, je ferais arracher la langue ou couper le bras à celui qui oserait prêcher ou écrire que l’organisation des individus est fatale, et qu’on ne refait pas plus le caractère d’un homme que l’appétit d’un tigre.

Un classique que je recommande donc au plus grand nombre.