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Les Mystères d’Udolphe – Ann Radcliffe

Le roman d’Ann Radcliffe, les Mystères d’Udolphe, écrit en 1794 est un roman gothique typique.

Les Mystères d'Udolphe - Ann Radcliffe
Les Mystères d’Udolphe Ann Radcliffe

Généralement, celui qu’on cite avec celui d’Horace Walpole « Le Château d’Otrante » lorsqu’on parle de roman gothique.

Il faut le dire, les Mystère d’Udolphe, c’est une brique.

Environ 800 pages dans la version Folio classique (à cet égard si vous le lisez, laissez tomber la préface, ou lisez-la après).

Une autre époque

Il faut rappeler que c’est un roman d’une autre époque. Une époque sans photographie ni cinéma ni télévision ni publicité.

Une époque où l’auteur devait faire un énorme travail de description pour permettre au lecteur d’imaginer des endroits inconnus de lui.

Une époque aussi où, de manière générale, les images étaient beaucoup moins abondantes qu’aujourd’hui et où le lecteur disposait d’une bibliothèque d’images mentales beaucoup plus restreinte.

C’est un fait dont on oublie parfois de prendre conscience : aujourd’hui, la base de données d’images dans le cerveau du lecteur est gigantesque. Nous sommes gavés d’images en permanence, quoique nous fassions.

C’est à cause de cette gigantesque bibliothèque d’images mentales que nous trouvons généralement les descriptions ennuyeuses.

Puisque nous avons déjà plein d’images dans le cerveau, pour qu’une description ne nous ennuie pas, il faut qu’elles nous apportent quelque chose de plus.

Ce quelque chose de plus que requiert le lecteur diffère pour chacun. Pour certains ce sera la poésie, pour d’autres l’ouverture à un autre point de vue.

Et en fonction de ce que la description nous apporte ou non, nous la jugerons ou non ennuyeuse.

C’est important de le comprendre. Pour s’autoriser dans ce genre de lecture à passer les longues descriptions si elles nous ennuient. Et ce, sans culpabiliser.

L’histoire

Les Mystères d’Udolphe mettent en scène une jeune fille, Emilie Saint Aubert qui, de manière relativement brusque et inopinée se retrouve orpheline de parents qu’elle adorait.

On retrouve ici un début similaire à celui du roman de Wilkie Collins « Sans nom ».

La jeune fille perd ses parents avec lesquels elle avait jusque-là une relation idéale voir idyllique.

À la différence toutefois du roman de Wilkie Collins, dans les Mystères d’Udolphe, Emilie n’est pas abandonnée à elle-même, ce qu’elle aurait d’ailleurs sans doute préféré. Elle est confiée à une tante. Personnage qu’on l’on pourrait comparer à la belle mère de Cendrillon, même si le personnage est beaucoup plus nuancé que ça. Et à partir du moment où Emilie est confiée à sa tante, son histoire se corse.

Je ne vous en dirai pas plus.

On retrouve dans les Mystères d’Udolphe d’un côté les éléments de base d’une histoire du genre : un amoureux transit éconduit par la méchante tante d’Emilie, un sombre italien, intriguant, comploteur et profiteur. Et, de l’autre, les ingrédients typiques du roman gothique : passages secrets, ruines, escaliers sombres, château labyrinthique, phénomènes étranges et apparitions impossibles, bruits d’outre tombe, etc.

Un début un peu lent

Le début est assez lent. Il faut laisser sa chance au roman. Comme dans le roman de Wilkie Collins « sans nom » dans lequel l’auteur prend énormément de temps à nous dépeindre la vie familiale idyllique qui précède le drame.

Si ces débuts peuvent paraître longs, dans les deux romans, en fin de lecture on ne saurait plaider en faveur de leur suppression tant ils participent magistralement à la construction subtile du tout par l’auteur. Ces pages qui nous semblent longues sont indispensables pour nous permettre de rentrer totalement dans l’histoire.

Dans « Sans nom », le basculement, à savoir le moment où l’on entre pleinement dans l’histoire se fait subitement. Dès la mort des parents.

Dans les Mystères d’Udolphe, les choses se mettent en place plus progressivement. Il faut dire que « Sans nom » est plutôt une histoire de vengeance là où l’histoire développée dans les « Mystères d’Udolphe » relève plutôt du mystère. Et c’est ce mystère ou disons les pièces de ce mystère qu’Ann Radcliffe positionne scrupuleusement sur son échiquier.

Mais il est vrai que ce positionnement peut paraître trop lent. Surtout à une époque aussi rapide que la nôtre.  

Une angoisse suggérée

Plus on avance dans le récit, plus le mystère prend de l’ampleur.

Et si, dans les descriptions, des paysages notamment, certains trouveront de l’ennui, d’autres y verront de magnifiques moments de poésie.

Ce qui est sûr c’est qu’Ann Radcliffe parvient à créer l’atmosphère particulière aux romans gothiques. .

Est-ce effrayant ? Angoissant ? Ici encore, certains vous dirons que non, d’autres que oui. Probablement qu’à notre époque, peu de lecteurs se sentirons véritablement inquiétés en lisant cette histoire.

Il faut dire que l’inquiétude que crée l’atmosphère des Mystères d’Udolphe est une inquiétude suggérée, évoquée. Non platement décrite par le genre de scènes d’horreur auxquelles nous sommes accoutumés.

Il n’en demeure pas moins qu’à une époque où la profusion d’images gave autant qu’elle abruti, la suggestion nous offre l’occasion de puiser dans notre propre imaginaire. Or, on a malheureusement tendance à oublier que notre propre imaginaire est souvent plus fécond que n’importe quelle image.

En choisissant d’évoquer l’horreur plutôt que de nous la décrire platement, Ann Radcliffe nous permet de participer à la construction du récit tout au long de la lecture.

De cette manière, le roman sera d’autant plus angoissant que nous aurons la capacité à nous laisser porter par notre propre imaginaire.

L’intrigue et les personnages

L’intrigue peut, à certains moments paraître trop naïve et les personnages quelque peu caricaturaux. Mais ne nous prenons pas trop au sérieux.

D’autant que, malgré tout, l’histoire nous tient. Parce qu’une fois qu’on est arrivé à se plonger dans l’intrigue (après quelques centaines de pages un peu laborieuses) on a envie de connaître la fin. C’est un fait.

Faut-il lire les Mystères d’Udolphe?

Le roman a peut-être vieilli et il y a certes des longueurs.

Si vous cherchez un roman rythmé à la mode contemporaine. Une histoire qui se lit rapidement au scénario sans faille, ce roman n’est pas pour vous.

Mais si vous souhaitez prendre le temps. Ralentir le rythme effréné de votre vie. Si les longueurs ne vous effraient pas et si vous êtes prêts à jouer le jeu en engageant votre propre imaginaire, votre propre univers intérieur. Bref, si vous vous en donnez les moyens, le roman en vaut la peine.

Non à cause du message philosophique que le roman véhiculerait. Pas non plus par la force de son intrigue, mais parce qu’il permet une aventure créative dans l’atmosphère particulière du roman gothique.

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