La Peau de chagrin – Honoré de Balzac

La Peau de chagrin - Honoré de Balzac

La Peau de chagrin, publié en 1831, fait partie de la grande œuvre de Blazac : la Comédie humaine.

La Peau de chagrin - Honoré de Balzac

Contrairement au reste de son œuvre, La Peau de chagrin avec Melmoth réconcilié est un roman fantastique.

Le roman n’est pas très long : 375 pages aux éditions Folio classique.

L’histoire

Raphael projette de se suicider. Il erre dans Paris en attendant la tombée du jour pour se jeter dans la Seine et se retrouve dans la boutique d’un antiquaire.

Dans la boutique, Raphael est attiré par une Peau de chagrin. L’antiquaire, personnage aussi intriguant que sa boutique, le met en garde contre cette Peau maléfique qui le pouvoir d’exaucer tous vos vœux mais qui resserrera « le cercle de vos jours, figuré par cette Peau».

Le vieillard prévient Raphael :

« Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit. (…) Qu’est ce que la folie, sinon l’excès d’un vouloir ou d’un pouvoir ? ».

Or, la Peau de chagrin c’est le pouvoir et le vouloir réunis.

Raphael n’y croit pas. Il brave le vieil antiquaire, s’empare de la Peau en lui jetant, en guise de provocation, une série de souhaits exorbitants.

La soirée de Raphael suit son cours, et, progressivement, ses souhaits semblent se réaliser. Au début, il n’y voit que coïncidence. Mais quand un notaire lui annonce qu’il vient d’hériter d’une fortune colossale, il se met à douter.

Conscient que chacun de ses désirs le mènera dorénavant à sa mort, il tente une réclusion volontaire. Limitant le plus possible ses envies et ses souhaits. Ne vivant pour ainsi dire plus.

Pourtant il est tiraillé : faut-il vivre, laisser libre cours à ses désirs, ses passions et sentiments et courir à sa mort ou faut-il renoncer à la vie, se limiter à un état végétatif pour tenter de prolonger sa vie ?

Il est intéressant de constater la transformation de Raphael qui, au début du récit, souhaite se suicider et, en fin de récit tente tout ce qui est possible pour se maintenir en vive, quitte à remplacer la vie par l’existence. Quitte à vivre en étant déjà mort.

Influence

Balzac s’est largement inspiré de l’œuvre de Charles-Robert Maturin, « Melmoth », pour écrire la Peau de chagrin.

Melmoth est un roman gothique qui semble avoir fasciné Balzac qui l’estimait d’ailleurs « égal et par endroits supérieur au Faust de Goethe ».

L’influence se ressent toutefois plus dans le sujet choisi par Balzac que dans la forme.

Hormis les scènes qui se déroulent dans la boutique d’antiquité, on ne retrouve dans La Peau de chagrin aucune atmosphère angoissante ou inquiétante typique du roman gothique. Ce qui relève du mystère, c’est le sujet du récit. Cette Peau maléfique.

Par ailleurs, malgré le caractère fantastique du sujet, l’écriture, le style demeurent balzaciens, c’est-à-dire empreints d’un profond réalisme, ce qui ne participe pas non plus à la création d’une ambiance inquiétante. À tout le moins pas dans le sens où on l’entend s’agissant d’un roman gothique.

Certains trouvent que le roman est trop contemplatif et descriptif. Personnellement je ne l’ai pas ressenti. Ou en tout cas, ça ne m’a pas marqué.

Un roman philosophique

Ce roman peut être qualifié de philosophique en ce qu’il interroge l’homme, ses faux-semblants, son manque d’authenticité envers autrui autant qu’envers lui-même, la perversité de ses désirs, la responsabilité et le moteur de ses actes.

Le roman est riche et complexe, et je suppose que chacun y verra mis en lumière des éléments, des observations et des analyses qu’il a déjà en lui. Le roman fera miroir à ses propres interrogations qui ne peuvent être les mêmes pour chaque lecteur.

En ce qui me concerne j’y ai vu une analyse et une remise en question de nos désirs. Faut-il cesser de désirer pour vivre et si tel est le cas, ne cessons-nous pas précisément de vivre?

Considérations personnelles

Tous les désirs se valent-ils?

Je regrette que Balzac n’ait pas approfondi son analyse ou sa description des désirs.

J’aurai en effet souhaité que Balzac nuance son propos sur ce point.

Si l’on comprend que les désirs de pouvoir, de richesse, de reconnaissance puissent être nocifs et doivent à cet égard être interrogés, qu’en est-il de désirs qui seraient plus authentiques ?

C’est d’autant plus déroutant que Balzac semble nous mettre sur la voie avec deux protagonistes féminines qui s’opposent d’une manière presque caricaturale. La femme superficielle, vaine, futile, et opportuniste d’un côté et la femme pure et dévouée de l’autre.

Raphael aura des sentiments d’abord pour la première ensuite pour la seconde. Mais ces deux désirs, l’un superficiel et l’autre fondé sur l’amour sont-ils à mettre sur un pied d’égalité ?

Balzac reste muet sur cette question.

Pourtant, comme il le montre lui-même, renier tout désir c’est vivre à l’état végétatif.

N’est-il donc pas illusoire de penser qu’un homme qui n’aurait pas la sagesse d’un Bouddha ou d’un Gandhi puisse vivre sans désir.

Et s’il ne peut pas se résigner à vivre sans désir, tout est-il perdu pour lui ?

En ce qui me concerne, je considère que ce qui pervertit, ce sont les actions inauthentiques que l’on fait pour plaire, être reconnu, acquérir plus de pouvoir.

Dès lors il ne faut pas tels des moines cesser d’agir et de désirer mais tenter le plus possible d’être authentiques. Ecouter notre voix intérieure et lui obéir quelles qu’en soient les conséquences et quoi qu’en pense la société.

Erreur et rédemption

Je regrette également le côté fataliste de la Peau de chagrin.

Il est vrai que Raphael a commis des erreurs. Mais c’est notre lot à tous.

En outre, avancer vers soi, comprendre la vie, son sens, apprendre à décoder le mode, construire sa personnalité, découvrir ses valeurs, son authenticité est un chemin qui ne se conçoit que par l’erreur.

Ce sont les erreurs qui nous permettent d’avancer. De nous comprendre et de comprendre le monde. Il n’y a pas d’authenticité ni de vie authentique sans erreur.

Or, Raphael est condamné et Balzac ne lui offre aucune issue. Comme si aucune rédemption n’était possible.

En cela, Balzac contribue à cette dérive malheureuse qui nous donnent l’illusion que les choses devraient toujours être parfaites, alors que l’erreur fait partie de la perfection.