Le Moulin sur la Floss
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Le Moulin sur la Floss – George Eliot

Le Moulin sur la Floss

Le Moulin sur la Floss a été publié pour la première fois en 1860.

Époque où le romantisme anglais se développe. Et dont le roman relève en partie, même s’il est probablement plus réaliste que romantique.

C’est un roman relativement long (697 pages chez folio classique).

Le récit se déroule dans l’Angleterre rurale du XIXème siècle. Histoire de famille, fresque sociale, roman psychologique, le Moulin sur la Floss, est riche.

L’histoire

C’est l’histoire de Maggie qui, on le comprend dès le début, est différente. Elle a l’esprit vif et, on pourrait dire, qu’elle est légèrement en avance sur son temps.

Son impulsivité, son besoin d’émancipation mais aussi sa curiosité, la rendent souvent maladroite. Et elle désespère sa famille, sa mère et ses tantes surtout.

Elle le regrette. Elle aimerait être aussi sage et distinguée que sa cousine. Mais elle ne peut aller contre sa nature et luttera entre ces deux influences tout au long du livre.

Elle se retrouve donc coincée entre ses propres instincts et les principes de son époque incarnés de manière presque caricaturée par sa mère, ses tantes, mais surtout son frère.

Le lien entre Maggie et son frère Tom est très fort. Mais cet amour fraternel est malmené et menacés par des conceptions, des caractères et de valeurs qui s’opposent.

L’histoire est relativement simple. Pas d’intrigue compliquée. Pourtant le Moulin sur la Floss fait passer le lecteur du rire aux larmes en passant par la crainte. Et la succession de ces émotions rend le roman difficile à lâcher.

Les personnages

Le personnage de Maggie est particulièrement intéressant, parce qu’il est subtilement nuancé. Ni tout à fait révolutionnaire, ni tout à fait soumises. Entre les valeurs que lui présente la société et ses propres sentiments et intuitions Maggie est plus perdue que révoltée. Le lecteur suit en cela plus une errance qu’un combat et c’est particulièrement touchant.

Certains personnages, comme les tantes, sont légèrement caricaturés, mais de ces caricatures qui nous font rire et en même temps soulèvent tout le ridicule de certaines constructions sociales.

J’ai particulièrement été touchée par le père de Maggie, Monsieur Tulliver. Tellement têtu que j’ai souvent eu envie d’entrer dans le roman pour le secouer et lui montrer à quel point son obstination était ridicule. Et pourtant, on ne peut pas lui en vouloir. On ne peut qu’être attendri par cet homme qui n’a pas trouvé d’autre moyen de s’en sortir avec ce qu’il appelle lui-même ce casse-tête qu’est la vie.

Le style

Le roman est fluide. Les phrases, les images, les descriptions coulent à travers les pages comme l’eau de la Floss dans le roman dans un style intimiste, poétique, romantique, mais aussi légèrement ironique.

Certains parlent de longueurs, encore une fois, je n’en ai ressenti aucune. Il y a peut-être confusion entre longueurs et rythme. Il est vrai que le récit tantôt s’accélère, tantôt ralentit. Mais ces variations me semblent indispensables pour laisser au lecteur le temps d’assimiler toute la richesse du roman.

Le Moulin de Dorlcote laisse dans l’esprit du lecteur une image qui risque bien de l’accompagner toute sa vie. Comme un endroit magique, romantique, dans lequel il peut lui-même se retirer pour méditer. Plus qu’un lieu, George Eliot en fait tout un symbole.

Le Moulin sur la Floss interroge

Le Moulin sur la Floss, à travers l’histoire de Maggie, ses relations au monde, à sa famille mais également ses propres conflits psychologiques, pose énormément de questions. Questions auxquelles George Eliot a la sagesse de ne pas prétendre avoir les réponses. Puisque chacun devra trouver les siennes. Puisque chacun fait comme il peut avec ce casse-tête qu’est la vie.

Il sonde ainsi notamment l’enfance. Sa magie, son innocence, mais aussi son pouvoir inconscient sur notre manière d’aborder le présent.

Il aborde également la position de la femme dans le monde. Son besoin d’indépendance sans cesse confronté non seulement aux réalités sociales mais également à la dépendance psychologique de la femme. Dépendance dont il est autrement plus difficile de se défaire que de la « simple » dépendance financière.

À cet égard, le renoncement de Maggie peut nous paraître frôler l’absurde. N’oublions pas que nous appartenons à autre siècle.

Certains déplorent que George Eliot ferait dans le Moulin sur la Floss l’apologie du renoncement. Je ne partage pas cet avis. Encore une fois. George Eliot interroge, sans juger ni décider à notre place ce qui est juste ou non.

En ce qui concerne le renoncement, je dirais même qu’en nous peignant les conséquence absurdes et malheureuses qui peuvent en découler lorsqu’il est poussé à l’excès, il difficile de prétendre que l’auteur nous inviterait d’une quelconque manière à suivre cet exemple.

Le Moulin sur la Floss nous montre par contre, avec humour et poésie, la nécessité de nous interroger constamment pour ne pas rester enfermer dans un système de pensées, un point de vue dont, à défaut de remise en question il n’est pas possible de voir l’absurdité ou les défaillances.

Un petit mot sur la fin

La fin m’a surprise, je ne vous le cacherai pas. Dans un premier temps, je me suis même sentie déçue. J’ai eu l’impression que Maggie avait encore beaucoup de chemin à faire. Que ça ne pouvait pas se finir comme ça. Que c’était comme si George Eliot en avait eu marre et avait mis brusquement un terme à son histoire. Et dans un premier temps j’ai donc trouvé cette fin trop facile et trop expéditive.

Et puis, en constatant à quel point cette fin restait incrustée dans mon imaginaire, j’ai changé d’avis.

La fin est douloureuse et émouvante, mais, je l’ai compris plusieurs jours après avoir refermé le livre, c’est aussi un magnifique message d’espoir et d’amour. Parce que c’est bien l’amour que fait finalement triompher George Eliot.

Je me suis également rendu compte qu’en plus, en terminant le roman comme elle le fait, non seulement George Eliot fait triompher l’amour, mais elle invite le lecteur à dépasser son propre égoïsme.

La fin est telle qu’elle doit être, même si elle frustre le lecteur qui en aurait voulu plus et peut-être autrement. Le lecteur doit donc mettre sa frustration de côté et reconnaître que cette fin est magnifique. Même si elle est différente de ses attentes.

George Eliot parvient ainsi en terminant son histoire, à la rendre tout simplement immortelle.

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