La vraie vie de Sebastian Knight
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La vraie vie de Sebastian Knight – Vladimir Nabokov

La vraie vie de Sebastian Knight est un court roman (309 pages chez folio) écrit par Vladimir Nabokov en 1941. Malheureusement moins connu que Lolita, roman auquel on pense directement quand on parle de cet auteur.

La vraie vie de Sebastian Knight

Un roman court donc, mais un très grand roman. Et relativement facile à lire, ce qui, évidemment, n’enlève rien à sa qualité, que du contraire.

En effet, si La vraie vie de Sebastian Knight se lit facilement, il n’en reste pas moins que le style, les images, les associations de mots demeurent particulièrement savoureuses. Et elles sont d’ailleurs parfois plus compliquées qu’elles n’y paraissent. Elles ont toutefois l’avantage de ne jamais ralentir ni appesantir la lecture.

À titre d’exemple, au début du roman, Vladimir Nabokov parlant du mouvement d’un fiacre le décrit comme « d’une mnémonique banalité ». Facile de passer outre mais possible aussi de méditer quelques instants sur une telle association de mots.

Notons enfin pour être complet que si Vladimir Nabokov est un écrivain russe, il a écrit La vraie vie de Sebastian Knight en anglais (son premier roman en anglais).

L’histoire

Qui est Sebastian Knight, ou plutôt qui était-il ? C’est la question à laquelle va tenter de répondre son demi-frère en partant sur ses traces.

À travers les livres qu’il a écrits, puisque Sebastian Knight était écrivain, mais également à travers les lieux qu’il a fréquentés et les gens qu’il a côtoyés.

Le narrateur tente de comprendre ce frère mystérieux qu’il a toujours admiré sans le connaître vraiment et avec lequel il avait une relation toute aussi étrange, marquée sous le sceau des rencontres « manquées ». Rencontres manquées particulièrement touchantes, surtout la dernière.

Voyez vous-même comment le narrateur parle d’une de ces rencontres manquées : « Tout à coup, sans la moindre raison, je me sentis infiniment triste à son sujet et un vif désir me vint de lui dire quelque chose d’authentique, quelque chose d’ailé et de tout palpitant, mais les oiseaux que j’appelais ne vinrent se poser sur ma tête et mes épaules que plus tard, lorsque je fus seul et n’eus que faire des mots ». Émouvante manière de dire qu’on n’a pas su trouver ses mots n’est-ce pas ?

Le narrateur va donc mener son enquête, mais les pièces qu’il récolte ne semblent pas s’imbriquer. Certaines sont même totalement contradictoires. Et puis il y a des trous, des pièces qui manquent.

S’il ne s’agit pas d’une enquête telle qu’on la conçoit généralement dans les romans d’aventure, il n’empêche que l’intrigue nous tient. Au bout du compte, le narrateur n’apprend pas grand-chose sur Sebastian Knight, mais ce qu’il apprend et que le lecteur découvre avec lui est peut-être autrement plus fondamental et intéressant.

Le mystère

La Vraie vie de Sebastian Knight dénonce le vrai, l’illusion de la certitude. La seule vérité qui nous soit saisissable est qu’il n’y en a pas, que la vie, les gens demeureront toujours pour les pauvres êtres que nous sommes, un mystère.

On ressent cette incertitude d’emblée, lorsque le narrateur commence à nous parler de son frère. Il essaie de se rappeler et fait, à propos de ses souvenirs, cette remarque qui en elle-même contient déjà tout le roman : « je ne puis dire si je tiens ce renseignement de ma mère, ou s’il m’est fourni par le souvenir, demeuré dans mon subconscient, de quelque instantané jauni, vu dans l’album de famille. »

Tout est fiction. Une fiction créée par notre subjectivité. Et, comme le dit Vladimir Nabokov : « peut-être sommes-nous lui et moi, un autre, qu’aucun de nous deux ne connait ».Lui aussi plaidait donc pour la fiction.

Il nous invite donc à remettre en question notre idée du vrai. Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui pourrait même l’être ou, à tout le moins, comment ce vrai pourrait-il nous être accessible à nous qui ne voyons jamais la vie que d’un côté, celui de notre subjectivité. À ce sujet, Vladimir Nabokov nous donne un conseil : « ne sois pas trop assuré d’apprendre de l’intermédiaire le plus honnête. Ne perds pas de vue que tout ce qu’on te dit est en réalité triple : façonné par celui qui le dit, refaçonné par celui qui l’écoute, dissimulé à tous les deux par la mort de l’histoire ».

Affinités avec le roman gothique

Si La vraie vie de Sebastian Knight ne me semble pas pouvoir être qualifié en tant que tel de roman gothique, il faut néanmoins reconnaitre qu’il présente certaines affinités avec le genre.

Dans le sujet d’abord, puisqu’en démontrant l’incapacité humaine à connaitre ou à appréhender le vrai, il reconnait que la vie, les gens auront toujours une part de mystère. Thème gothique par excellence.

Dans la forme ensuite, puisqu’il faut reconnaître que l’on retrouve dans La vraie vie de Sebastian Knight une ambiance envoûtante qui frôle parfois le surnaturel.

Pour conclure

La vraie vie de Sebastian Knight n’est pas un roman d’aventure, ne vous y trompez pas. Mais la lecture en est une.

Effectivement, même s’il y a une certaine lenteur dans le roman, le lecteur en est à peine conscient, tant l’écriture de Vladimir Nabokov est envoutante.

En outre, compte tenu des questions qui sont soulevées, cette lenteur me semble indispensable pour permettre au lecteur son propre cheminement de pensée.

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