Collections,  Editions Névrosée

Femmes de lettres oubliées : un complot littéraire ?

Femmes de lettres oubliées ? Vous y aviez déjà pensé ?

Il y a quelques semaines, lors d’une rencontre littéraire à la librairie La Licorne avec Nathalie Stalmans, auteure du roman « Si j’avais des ailes », qui raconte le passage de Charlotte Brontë à Bruxelles, une question est posée : pourquoi y-a-t-il eu tant de femmes écrivains en Angleterre au XIXème et si peu en France ? Pas vraiment de réponse.

femmes de lettres oubliées

La question nous trotte dans la tête et en soulève un tas d’autres. N’y a-t-il pas eu de femmes écrivains au XIXème ? Ou y en a-t-il eu mais étaient-elles à ce point médiocres qu’elles n’ont pas mérité d’entrer dans l’histoire ? Ou bien y aurait-il autre chose ? Pire : comment avons-nous pu ne jamais nous poser cette question !

Quelques recherches

Nous commençons des recherches. Simplement, comme tout le monde, sur internet. Wikipedia nous apprend qu’il y a eu un nombre considérable de femmes écrivains au XIXème. Nous avons même découvert une femme qui avait publié sous le nom de Daniel Lesueur un roman intitulé « Névrosée ». Promis, c’est pas une blague. Un signe ? Nous avons continué nos recherches.

La liste de Wikipédia, pourtant déjà bien fournie, est incomplète. Plusieurs de ces femmes, complètement oubliées aujourd’hui, ont reçu des prix littéraires. Le fameux Goncourt notamment. Enfer et damnation comment expliquer un tel « oubli ». Nous lisons beaucoup, cherchons autant. Nous voulons comprendre. Un article enfin, explique tout. Il est d’Andrea Del Lungo et son titre est évocateur : les raisons d’un oubli. Évocateur et sidérant. Ce n’est pas un « oubli ». C’est une machination.

Un complot littéraire

Nous découvrons en effet que cet « oubli » est le résultat d’une animosité particulièrement prononcée en France envers la femme de lettres au XIXème siècle qui proclamait encore l’infériorité ontologique de la femme. Considérant donc qu’elle ne pouvait écrire.

Or, le XIXème, c’est l’époque où les études littéraires se constituent en discipline scientifique et universitaire. L’époque où l’on élabore les manuels de littérature, l’époque où l’on codifie le canon littéraire sur la base d’un jugement de valeur prétendument objectif qui se charge de consacrer les grands auteurs. Canon dont la femme est, vu la mentalité de l’époque, volontairement exclue.

Un homme se fera grand défenseur de l’idéologie misogyne de l’époque : Barbey d’Aurevilly. Ce charmant Monsieur écrit beaucoup contre les femmes. Selon lui, en écrivant, ou en prétendant écrire, parce que le bonhomme n’est pas tendre, les femmes usurpent le rôle masculin ou n’occupent pas celui qui est le leur dans la société (balance ton porc !)

Vous direz que certaines femmes ont pourtant été reconnues. Certes. C’est là que ça devient vraiment dégoûtant. Manœuvre machiavélique. S’ils reconnaissent quelques rares femmes du passé ; Madame de Sévigné, Madame de Maintenon, Madame de Lafayette et Georges Sand, c’est pour mieux dévaloriser les femmes auteures contemporaines de l’élaboration de leurs « canons littéraires ». D’ailleurs, vous pouvez vérifier, après Georges Sand, vous trouverez un trou de près d’un demi-siècle dans tous les précis littéraires.

Femmes de lettres belges

Elles aussi ont été nombreuses, très nombreuses. Mais vous imaginez bien qu’en plus d’être femmes, étant belge, elles partaient avec un handicap de plus. Résultat, leurs œuvres sont encore plus difficiles à trouver, leurs vies encore plus difficiles à retracer.

Et aujourd’hui ?

On dirait qu’une main invisible continue à user de toutes ses forces pour maintenir ces femmes dans l’oubli.

La situation a bien été dénoncée à de multiples reprises, mais elle perdure. Atteste d’une résistance encore très présente, même si elle est tue (et qu’elle tue).

La situation est pourtant différente à l’étranger. En Angleterre et aux Etats-Unis en particulier, où les canons ont pour ainsi dire été « revus » pour réintégrer les femmes dans l’histoire littéraire. Alors pourquoi pas en France ? Les universitaires s’y sont toujours opposés. Certains essaient. Il y a des petites bulles de protestation par-ci par-là, mais c’est comme si la main invisible de la misogynie continuait son travail de sape.

Il y a la Société Internationale pour l’Etude des femmes de l’ancien régime qui fait un travail remarquable, et dont fait notamment partie Martine Reid qui a beaucoup écrit sur le sujet. Elle fait énormément de choses, mais ses travaux semblent avoir plus de succès à l’étranger. Et ses contributions sont presque aussi difficiles à se procurer que les œuvres de ces femmes de lettres oubliées.

Difficultés d’accès

C’est là un autre aspect du complot : outre qu’elles ont été oubliées, voir ignorées, les œuvres de ces femmes sont aujourd’hui particulièrement difficiles à trouver.

La Bibliothèque numérique Gallica fait un travail remarquable pour tenter de rendre ces œuvres disponibles. Et nous la remercions chaleureusement pour le travail effectué. Il est toutefois loin d’être suffisant pour rendre justice à ces femmes.

D’abord, un petit nombre d’œuvres seulement est disponible, et parfois avec un délai de livraison qui va jusqu’à trois mois si vous souhaitez une version papier.

Pour les femmes de lettres belges, c’est encore pire.

Ensuite, la qualité des impressions laisse souvent à désirer. Soit il s’agit purement et simplement d’une photo de l’édition originale du livre, souvent partiellement illisible, soit il s’agit d’un texte réimprimé grâce à des techniques de reconnaissance qui ne sont pas infaillibles, et, à défaut de relecture, les textes sont souvent remplis de coquilles qui peuvent mettre la patience du lecteur à rude épreuve.

Et je ne vous parle évidemment pas de l’aspect presque rebutant de ces impressions : couverture jaunâtre identique pour toutes les impressions, papier blanc, format livre scolaire, pas de préface ni de mise en contexte, pas de résumé.

Même si, encore une fois, nous saluons le travail effectué par Gallica, sans lequel nous n’aurions jamais pu avoir accès à ces œuvres, nous pensons que ce n’est pas suffisant.

Le travail de Gallica s’adresse à des lecteurs avertis qui savent ce qu’ils cherchent et qui sont prêts à faire preuve de patience et de tolérance. Il n’est pas fait pour séduire le lecteur. Et donc, il ne contribue pas véritablement à faire connaitre ces œuvres.

La Collection femmes de lettres oubliées

Nous avons donc décidé d’aider ces femmes oubliées en les rééditant de manière qualitative au sein d’une collection dont le nom était tout trouvé : « femmes de lettres oubliées ».

Le travail est colossal, d’abord en raison du nombre d’œuvres et d’auteures concernés, mais également parce qu’il ne s’agit pas de mettre légèrement en page le texte ou de le relire. Dans bien des cas, il faut le retaper intégralement. Il faut aussi les doter d’une préface, d’une couverture et d’une quatrième de couverture. S’assurer que le lecteur ait un minimum d’informations sur le livre.

Pour les femmes de lettres belges, le travail se double d’une difficulté supplémentaire : les retrouver, les identifier, identifier leurs oeuvres.

Première publication de la Collection femmes de lettres oubliées

Nous travaillons actuellement sur le premier livre qui sera publié dans la collection femmes de lettres oubliées. Etant une maison d’édition belge, nous avons décidé de commencer par des auteures belges.

Nous travaillons actuellement à la réédition d’un essai de Jeanne de Vietinghoff, L’intelligence du bien.

Nous travaillons également sur les oeuvre de Caroline Gravière, considérée par certains comme une femme qui aurait pu devenir « la Georges Sand belge » et sur les oeuvre de Jeanne de Tallenay, qui a notamment écrit un roman qui se déroule dans les ruines de Villers la Ville.

6 commentaires

  • Will

    I just couldn’t depart your web site before suggesting that I extremely loved the usual info an individual supply
    on your guests? Is gonna be back regularly in order to check up on new posts Ahaa, its fastidious dialogue
    regarding this post at this place at this
    blog, I have read all that, so now me also commenting here.
    Thank you for the auspicious writeup. It in fact was a amusement account it.

    Look advanced to more added agreeable from you! By the way, how could we
    communicate? http://alienware.com

  • Chrinstine

    Greetings! Very useful advice within this article! It is the little changes that will make the largest changes.
    Many thanks for sharing! Greetings! Very helpful advice within this
    article! It’s the little changes which will make the most important
    changes. Thanks a lot for sharing! I’ve been browsing on-line greater
    than 3 hours as of late, but I never found any attention-grabbing article like yours.
    It’s beautiful value sufficient for me. In my opinion, if all webmasters and bloggers made excellent content material as you did,
    the net might be much more helpful than ever before.
    http://aoc.com

  • Jason

    I have been browsing on-line more than 3 hours these days, yet I by no means discovered any interesting
    article like yours. It’s pretty worth enough for me.
    Personally, if all webmasters and bloggers made good content
    material as you did, the web will likely be a lot more useful than ever before.

    I have been surfing online greater than three hours nowadays,
    yet I by no means discovered any fascinating article like yours.
    It is beautiful price enough for me. In my opinion, if all
    website owners and bloggers made good content material as you did, the web shall be much more
    helpful than ever before. I am sure this article has touched all the internet
    viewers, its really really pleasant post on building up new web site.
    http://samsung.com/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *